Bonne Anés, 2021, installation, dimensions variables, Paris
Bonne Anés est une installation réalisée en duo, prenant place dans un appartement parisien inhabité depuis 50 ans. L’appartement est étriqué, sombre et meublé. L’installation a été conçue en se jouant de ses contraintes et de sa désuétude afin d’en révéler le potentiel, les qualités propres. La priorité a donc été de laisser en l’état cet espace atypique, d’intervenir de façon minimale, la faible luminosité influençant le choix et l’agencement des éléments rapportés. L’espace créé garde les traces d’un habitat mais tend vers une abstraction.
Un plat à tarte en aluminium écrasé a été trouvé dans la rue. La planéité de cet objet a permis son encadrement. L'objet a été récupéré pour ses qualités matérielles - surface déformée, brillance – mais l'encadrement l'introduit dans une logique d'image. Un déchet mis en cadre dans un appartement parisien devient objet décoratif. Le cadre a été réalisé à partir d’un échantillon du bois utilisé pour l’aménagement de l’appartement dans les années 60. La convocation de ce bois qui a vieilli avec le lieu ancre un élément contemporain dans un espace ancien.
Un miroir qui aurait pu être jeté est resté dans l’appartement, s’accrochant au lieu et incitant à considérer sa présence incontournable. Il a alors été découpé, tranché - au risque de le briser – pour enraciner son intégration au lieu et pour étendre le domaine d’influence de sa matière qui ouvre les espaces étriqués et redistribue la faible luminosité. Il est devenu lignes qui s’incrustent davantage dans l’espace, qui suivent la découpe de la pièce à vivre, qui s’adaptent aux reliefs, aux obstacles du chemin. Sa présence ouvre le sol, soulève les murs, dégage une brèche qui mène ailleurs. Les pieds s’y reflètent. Corps présents. Corps lointains.

Photographies : Meghan Maucherat des Longpré
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